Ousmane, Malick et Souleymane

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Ousmane, Malick et Souleymane

Cluster Maritime d'Afrique Francophone

Chaque mois, le CMAF donne la parole à un ou plusieurs « citoyen(s) bleu(s) » qui s’exprime sur un sujet faisant l’actualité de l’économie bleue en Afrique francophone.
Pour cette première Newsletter, le CMAF est allé à la rencontre de Ousmane, Malick et Souleymane[1], pêcheurs traditionnels à Dakar, afin de mieux connaitre leur métier ainsi que les difficultés que rencontre ce secteur, qui génère près de 600 000 emplois directs et indirects au Sénégal[2]. 
 

Malick, qui a grandi dans une famille de pêcheurs, dit pratiquer la pêche depuis qu’il a 4 ans. Ousmane, au moment de présenter son métier qu’il appelle son « gagne-pain », dit l’avoir choisi « par amour de la mer ». Cet amour de la mer l’amène à passer 8 heures par jour à bord d’une pirogue à moteur et « parfois même une partie de la nuit ».
S’ils utilisent le même matériel (pirogue légère, ligne à main, canne à pêche), ils ne naviguent pas dans la même zone de pêche : Ousmane longe le littoral, tandis que Souleymane et Ousmane s’éloignent « parfois à 20 ou 30 kilomètres du Cap Manuel » (qui constitue la limite ouest de la rade de Dakar) dans la baie de Gorée.
Leurs techniques de pêche diffèrent également. Ousmane pratique le surfcasting : il lance son hameçon et son appât  au-delà des vagues, derrière les rouleaux, pour atteindre les zones où se trouvent le sar ou la truite. Cela nécessite une bonne connaissance des marées et des fonds marins.
Souleymane revendique sa préférence pour la technique dite de la palangrotte, qui consiste à lester une ligne de pêche et la laisser filer vers le fond, puis de « dandiner », c’est-à-dire l’agiter dans un mouvement de va-et-vient qui attire le mérou, la carpe rouge ou le barracuda.
 

Les trois pêcheurs ont vu leur métier évoluer. Ousmane, qui exerce depuis 25 ans, déplore que les « constructions sur le littoral » rendent difficile l’accès à certains zones de pêche et amènent les poissons à se déplacer.
Souleymane estime que la « présence de filets dormants et surtout les mono-filaments détruisent l’habitat naturel des poissons », et constituent des pièges dans lesquels ils se prennent.
Malick, quant à lui, croit que son activité est affectée par l’apparition d’une nouvelle forme de pêche : la chasse sous-marine en bouteille qui, selon lui, « n’est pas assez réglementée ». Pour répondre à ces difficultés qu’ils rencontrent, ils appellent tous les trois à la création d’une « aire marine protégée »[3] au sud de Dakar.

Ils décrivent également l’impact négatif que représente la présence de navires de pêche étrangers au large des côtes sénégalaises, qui pour certains ne « respectent pas les lois interdisant les pratiques de pêche illicites » et adoptent « une pêche industrielle et non sélective », dénonce Malick. Il critique l’emploi d’un matériel « de très loin supérieur à nos techniques artisanales » qui conduit au « pillage des ressources marines ». Il reconnait que les autorités sénégalaises arraisonnent bien certains navires, mais appelle à la mise en place d’un « système plus répressif en cas de fraude » et notamment en cas du chalutage au bord des côtes sénégalaises.  
Alors que Souleymane considère que ce sont les bateaux chinois qui sont en majorité coupables de ces abus, Ousmane évoque, lui, un « grand nombre de pays étrangers qui rachètent les licences » autorisant les activités de pêche dans les eaux sous juridiction sénégalaises : il cite la Chine, mais aussi la Corée du Sud, l’Espagne, la Russie, la France, la Turquie, etc. Selon eux, la solution dans la lutte contre la pêche illicite réside dans une limitation des licences de pêche qui sont octroyées à des compagnies étrangères.


[1] Les prénoms des personnes citées ont été modifiés

[2] Source : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

[3] Il existe 5 aires marines protégées au Sénégal, dont l’un des buts est de contribuer à « une gestion durable des pêcheries et des stocks de poissons, en favorisant la mise en place d’espaces dédiés à la préservation des ressources » (Source : Direction des Aires Marines Communautaires Protégées)

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